Un Brésil plus facile pour les travailleurs étrangers

22/05/2013 | Iure Pontes Vieira.

L’organe du Ministère du Travail, le Conseil National de l’Immigration, vient de publier dans le journal official deux résolutions (n. 103 et n. 104) qui viennent simplifier certaines règles concernant l’obtention d’un visa de travail au Brésil. 
Visa plus rapide

Selon les dispositions de la résolution normative n. 104, un travailleur étranger va pouvoir recevoir l’autorisation d’habiter et de travailler au Brésil sans avoir besoin, au préalable, de présenter ses diplômes et les documents qui attestent de son expérience professionnelle.

Désormais, le travailleur étranger disposera de 60 jours, après l’obtention de son visa, pour fournir ces documents dûment traduits par un traducteur assermenté au Brésil. Avant la nouvelle règle, le demandeur du titre de séjour ne recevait le visa qu’après avoir envoyé l’ensemble de ces documents.

Moins de documents

Le gouvernement va mettre en place une base de données, Cadastro Eletrônico das Empresas, (CEE) des sociétés demandeuses de visas pour leurs employés étrangers.

Ainsi, une fois que les documents seront enregistrés dans la base de données, ils seront conservés. En cas de nouvelle demande de visa pour d’autres salariés, la société n’aura plus besoin de fournir de nouveau certaines des pièces exigées.

De la même manière, les informations concernant le travailleur étranger seront enregistrées et conservées.

L’autre nouveauté est que tous ces documents pourront être envoyés par courrier électronique, et plus par courrier postal.

Travailler dans une entreprise d’un même groupe

Si le salarié étranger veut travailler pour une autre entreprise du même groupe ou change de poste, il ne sera pas nécessaire de faire une nouvelle demande de visa. Il doit seulement communiquer ce changement au Ministère de travail.

Travail d’été pour les étudiants

Les étudiants étrangers en master, doctorat ou post-doctorat qui souhaitent travailler au Brésil pendant leur période de vacances, pourront obtenir un visa de travail temporaire de 90 jours. Pour çela, l’étudiant doit obtenir un contrat de travail à durée déterminée auprès d’une société brésilienne et être immatriculé auprès de son université dans un cours de master, doctorat ou post-doctorat d’une durée minimale de 360 heures. La demande de visa doit être faite par la société qui contracte l’étudiant étranger.

Selon le Ministre brésilien du travail, Manoel Dias, au-delà de rendre la procédure d’obtention de visa plus rapide, cet assouplissement des règles a pour but de faire venir des travailleurs très qualifiés, en particulier dans le domaine des sciences techniques, et de créer un environnement propice à l’échange des connaissances.

 

http://bresil.aujourdhuilemonde.com/le-bresil-facilite-l%E2%80%99emission-du-visa-de-travail-pour-les-etrangers

Le Brésil émancipe ses domestiques


Une Brésilienne nettoie une maison à Sao Paulo. À partir du 2 avril, les employés de maison auront une durée maximale de travail de quarante-quatre heures par semaine, le paiement majoré des heures supplémentaires et un tarif noctune.Crédits photo : YASUYOSHI CHIBA/AFP

En leur accordant les mêmes droits qu’aux autres salariés, le Sénat bouscule l’ordre social et inquiète la classe moyenne.

Sur la une de la dernière édition du magazine brésilien Veja,l’homme, un cadre en cravate bleu ciel dénouée et recouverte par un tablier de cuisine, lave la vaisselle, le regard désabusé. Le titre est sans appel: «Vous, demain». Le premier hebdomadaire du Brésil a choisi de mettre en avant les angoisses de la classe moyenne pour annoncer l’adoption à l’unanimité par le Sénat, la semaine dernière, d’une loi qui dote les employés domestiques des mêmes règles du droit du travail que les autres métiers.

À partir du 2 avril, employés de maison, nounous, gardiens, chauffeurs et aides-soignants pour les personnes âgées auront une durée maximale de travail de quarante-quatre heures par semaine, le paiement majoré des heures supplémentaires (au moins 50 % en plus du tarif horaire de base) et un tarif nocturne. Une hausse de salaire qui, pour de nombreux foyers de la classe moyenne, peut signifier la fin de leur aide domestique. D’où une crispation de la bourgeoisie équivalente à celle qu’a connue l’Europe à la fin du XIXe siècle.

«C’est une grande conquête, une révolution culturelle», salue Eliana Menezes, présidente du syndicat des domestiques deSao Paulo, rappelant que la loi touche 6,7 millions de personnes. Certes, dans les grandes villes, la situation a déjà considérablement évolué au cours des dix dernières années. «Le contexte économique a donné aux femmes de ménage un nouveau pouvoir de négociation», reconnaît Eliana Menezes. Selon l’institut de statistiques brésilien (IBGE), le revenu des domestiques a augmenté de 53,2 % au cours des dix dernières années – soit deux fois plus que les autres emplois. Ils bénéficient de la forte revalorisation du salaire minimum décidée par l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, ainsi que de la diminution du nombre de candidates. Pour la première fois de l’histoire brésilienne, la catégorie a perdu 500.000 personnes au cours des deux dernières années. Beaucoup se tournent vers le commerce, le télémarketing ou créent leur propre entreprise.

Limiter les abus

«J’espère que cette loi va aider à changer les pratiques scandaleuses qui subsistent dans le Nordeste, où les notables ont, comme à l’époque coloniale, une mentalité esclavagiste», souligne Aline Ladvocat, gérante d’ABC Agência, spécialisée dans le recrutement de domestiques. Elle estime que le texte fixera une limite aux abus, surtout quand la femme de ménage est logée sur place. «Elle fait le ménage, va chercher les enfants à l’école, leur donne le bain, joue avec eux, prépare le dîner, débarrasse même très tard, il n’y a aucun respect», ajoute-t-elle.

La réaction de ses clientes, en particulier des plus aisées, l’a toutefois effrayée. «Cela fait cinq jours que je suis inondée d’appels de patronnes m’annonçant qu’elles vont licencier leur domestique», raconte-t-elle. En cause, le relèvement de l’indemnité de licenciement prévu par la loi et le paiement des heures supplémentaires. «Certaines veulent embaucher à un salaire plus bas pour inclure ces primes, d’autres vont renoncer à avoir une salariée, au profit de plusieurs personnes venant deux jours par semaine», dit-elle. La loi s’applique en effet aux domestiques dotées d’un contrat de travail d’au moins trois jours par semaine.

Ce qui devait être célébré comme une victoire prend parfois un goût amer. Adriana, une cuisinière hors pair au service d’une famille depuis douze ans, a été mise à la porte vendredi dernier, sa patronne ne voulant «plus avoir de lien juridique» avec elle.

Eliana Menezes veut croire qu’il s’agit d’une situation temporaire. «Il y a beaucoup d’appréhension, car les textes ne sont pas clairs, mais tout va rentrer dans l’ordre», insiste-t-elle, certaine que cela ne devrait pas augmenter la proportion d’emplois informels, déjà de 70 %. Le gouvernement, à l’origine de la loi, reste toutefois silencieux quant aux responsabilités de l’État en termes de soutien aux femmes actives – patronnes ou domestiques. Les crèches, centres de loisirs et autres structures pour les personnes âgées, privés, restent hors de portée de la majorité de la population.