L’arnaque aux touristes

Samedi 3 Août 2013 à 16:00 | Lu 9154 fois I 21 commentaire(s)

Journaliste à Marianne. En savoir plus sur cet auteur

On connaissait les arrière-cuisines spécial bactéries et la “vue sur mer” donnant sur le local poubelle. Au point de faire tiquer les autorités chinoises ! Enquête.


SEL AHMET/SIPA

SEL AHMET/SIPA

Voilà qui s’appelle prendre les touristes pour des Mickey : ces deux dernières années, le Disney Store des Champs-Elysées, à Paris, a été le théâtre d’une gigantesque arnaque aux clients de toutes nationalités confondues. Le mécanisme était simple : un vendeur infiltré recopiait en douce les données confidentielles des cartes bancaires, qu’il distribuait ensuite à des commerçants complices. Eux les utilisaient pour se rémunérer de ventes fictives (vins, vêtements, et même scooters en fonction de leur spécialité).

Afin d’optimiser la collecte illicite de ces précieuses données – car, enfin, un seul pékin dans un magasin de peluches, ça se serait vite révélé gagne-petit pour cette ambitieuse clique de plumeurs -, quelques serveurs de restaurants luxueux des alentours furent recrutés pour compléter le dispositif. En mars dernier, quand ils mirent fin à l’entourloupe, les enquêteurs furent stupéfaits par l’ampleur du réseau de complicités, mais aussi par le montant total qu’avait engrangé l’arnaque en moins de deux ans : 14 millions d’euros.

Quatorze millions d’euros, une paille ! Notre industrie est en berne, le bâtiment s’essouffle et les soldes font un flop, mais il y a bel et bien, en France, une filière en plein boom. Elle échappe, et pour cause, à la statistique nationale : c’est l’arnaque aux touristes. Car, en plus des grands classiques hexagonaux – le chauffeur de taxi qui adapte son itinéraire en fonction de l’exotisme de l’accent, les aigrefins des marchés provençaux qui vous font prendre de l’huile d’olive espagnole pour du nectar local, la «vue sur mer» qui n’est qu’une lucarne sur un timbre bleu, la paillote qui recycle des restes pas très frais de «grandes tables» -, l’inventivité de ce secteur semble sans limites, et ses relais de croissance, innombrables.

Le dernier en date, le plus spectaculaire sans doute, est l’irrésistible essor du racket des touristes chinois. Selon la Préfecture de police, ces agressions représentent désormais 17 % du total des plaintes déposées par des touristes à Paris.

C’est que les «nouveaux riches» de l’empire du Milieu viennent de plus en plus nombreux – et en cohortes – visiter la Ville lumière. Ils arrivent avec la solide réputation d’emporter dans leurs valises quelques alléchantes liasses de billets qu’ils comptent dépenser dans les boutiques de luxe de l’avenue Montaigne. Une réputation en partie confirmée par les statistiques : selon le spécialiste de la vente détaxée Global Blue, un vacancier chinois dépense en moyenne 1 470 € en France et consacre 60 % de son budget de voyage au shopping.

CHINOIS TRAUMATISÉS

Autant dire que cette nouvelle clientèle constitue une cible de choix pour les détrousseurs de touristes, qui ont réactualisé pour l’occasion de vieilles techniques de pillage qui rappellent ni plus ni moins… les attaques de diligence ! L’une de ces descentes a récemment tant choqué à l’ambassade chinoise que ses représentants s’en sont émus auprès du gouvernement français.

Le guet-apens s’est déroulé en Seine-Saint-Denis, le 20 mars dernier. Un groupe de 23 touristes chinois venus en France pour un séjour express d’une douzaine d’heures venait de débarquer à Roissy. Destination : les Champs-Elysées pour un shopping frénétique. Le profil idéal pour les détrousseurs, qui les avaient repérés dès leur arrivée à l’aéroport et connaissaient les habitudes de leur tour-opérateur.

A peine les voyageurs avaient-ils terminé de dîner dans un restaurant du Bourget connu pour accueillir les touristes chinois que trois malfrats se sont rués sur l’accompagnateur et lui ont arraché sa sacoche, rossant quelques-uns des vacanciers au passage. Les passeports du groupe et une grosse somme d’argent en liquide se sont volatilisés.

Ce fut l’incident de trop. Car, à l’ambassade chinoise, les récits de minibus attaqués – les vitres brisées à coups de marteau ! – sur l’autoroute A1 qui relie Roissy à Paris s’accumulent. Sacs subtilisés dans les halls de grands hôtels, poches fouillées dans le métro parisien ou dans les files d’attente au Louvre – en avril dernier, les surveillants du musée, excédés par l’afflux de pickpockets toujours plus agressifs, se sont même mis à l’arrêt ! -, vol à l’arraché sous la tour Eiffel… l’ambassade de Chine s’est transformée en véritable bureau des pleurs pour vacanciers traumatisés.

Consciente de la menace commerciale que fait peser ce climat d’insécurité sur le tourisme français, la ministre en charge de cette industrie, Sylvia Pinel, a fini par ordonner le branle-bas de combat. Du coup, le préfet de police a sorti le grand jeu : des patrouilles à VTT et à moto, en civil et en tenue, ont été dépêchées aux alentours des grands hôtels, de Notre-Dame, de la tour Eiffel, des grands magasins, des Champs-Elysées et du Trocadéro.

A-t-on engagé des sino-supplétifs ? Toujours est-ils qu’un mois à peine après la mise en place du dispositif les autorités annoncent une baisse de 33 % des vols à la tire au Trocadéro, et de plus de 10 % au Champs-de-Mars. L’effet est si spectaculaire qu’on en vient à regretter que le préfet n’ait pas tapé du poing plus tôt. « La recrudescence des vols est très récente, plaide-t-on à la Préfecture de police. Elle est liée notamment à l’afflux de populations venues de l’Est ».

De nouvelles techniques de rapine sont ainsi apparues dans la capitale, notamment celle de la signature de pétitions. « Par groupe de trois ou quatre, des femmes roumaines proposent d’une main une signature au bas d’un papier à en-tête d’une association humanitaire, explique-t-on, toujours à la préfecture. De l’autre, le bras caché par un journal, elles profitent de la diversion pour fouiller le sac à dos du touriste dont elles ont détourné l’attention. » Cette méthode pourrait bien décrocher la palme de la technique de l’été tant elle s’est généralisée.

LE “COUP DE LA TACHE”

En réalité, elle n’est qu’une variante du classique des classiques, pratiqué, lui, dans le métro par des groupes de mineurs. Il consiste à serrer de près un voyageur, à détourner son attention en lui fourrant un papier sous le nez, et à lui faire les poches. « Cible privilégiée à Paris, sur la ligne 1 des Champs-Elysées à Rivoli, la ligne 4 de Châtelet jusqu’à Gare-du-Nord, la ligne 8 à partir de République et la ligne 13 de Montparnasse à Place-de-Clichy », prévient la police.

Autre variante, le « coup de la tache » est en train de devenir un must du brigandage parisien. Il consiste à tacher le vêtement d’un touriste, puis à se confondre en excuses tout en proposant de nettoyer les dégâts. C’est à ce moment qu’un complice fouille les poches ou le sac à dos.

Dans son souci de mettre en garde les touristes étrangers, la Préfecture de police a dressé une liste des techniques utilisées par les pickpockets. Attention à celle du « dos à dos », très utilisée par les voleurs en provenance d’Afrique du Nord à la terrasse des cafés quand, la chaleur aidant, les consommateurs posent leur veste sur le dossier de leur chaise.

Le chapardeur s’assoit de trois quarts derrière la victime et subtilise le portefeuille de la poche intérieure. Les plus habiles, les pros de la klepto, réussissent même à replacer l’objet dans la veste après avoir dérobé l’argent sans attirer l’attention du propriétaire.

Attention aussi aux sacs à main posés à terre dans les halls de grands hôtels : en dérober le contenu ni vu ni connu – une forme de mise à sac – est la spécialité des malandrins en provenance d’Amérique du Sud. Et prudence, enfin, quand on joue de la Carte bleue.

« Au cours de ces derniers mois, nous avons noté une recrudescence des exactions sur les distributeurs de billets menées par des mineurs », confirme-t-on à la Préfecture de police. Une fois encore, la technique consiste à détourner l’attention pour soit arracher les billets, soit repérer les chiffres du code confidentiel. Cible privilégiée : les touristes âgés.

GOGOS INUSABLES

Reste un grand classique, pratiqué depuis des années…

Qui sont les Français du Brésil ?

  • Les Français du Brésil, c’est votre collègue expat, ce gérant d’une petite pousada dans le Nord si sympa, ce boulanger au coin de la rue qui sait faire du vrai pain, c’est votre copine que vous voyez à la sortie du Lycée Français, c’est moi, étudiante-stagiaire, c’est vous…

Est considéré comme expatrié tout Français installé hors de France. Et une chose est certaine, le Français n’est pas une espèce en voie de disparition au Brésil, bien au contraire. Selon les chiffres des consulats de São Paulo (en charge de tous les résidents du sud du pays), de Rio de Janeiro (états de Rio de Janeiro, Minas Gerais et Espirito Santo) et de l’ambassade (enregistrant les inscrits de tout le nord du Brésil), il y a un peu plus de 20.000 Français expatriés au Brésil – 20.139 pour être précis. Et nous sommes très certainement plus nombreux, l’inscription sur les registres du consulat n’étant pas obligatoire (quoique fortement recommandée).
Sans surprise, c’est dans les deux plus grandes métropoles du pays, Rio de Janeiro et São Paulo que se concentrent nos compatriotes : ils sont un peu moins de 6.000 à Rio de Janeiro et environ 7.200 dans la capitale pauliste. Ces citadins sont :
– généralement jeunes : 1/4 des Français de la circonscription RJ-ES-MG sont mineurs,
– nombreux à avoir une double nationalité : dans la circonscription du sud du pays, 4.654 inscrits sont franco-brésiliens sur un total d’un peu plus de 9.000 personnes recensées.
C’est le nord du pays qui compte le plus de fonctionnaires – Ambassade oblige, mais aussi de retraités (pour la plupart Guyanais), ou encore de micro-entrepreneurs.

Pourquoi venir s’installer au Brésil ?
Tout le monde n’est pas prêt à faire ce grand saut dans l’inconnu qu’est l’expatriation. Et le Brésil, pays continental séparé de la France par un océan n’est pas forcément la destination la plus évidente pour tenter l’aventure ! Certaines personnes reviennent sur un terrain déjà connu, comme Célian, qui a passé son enfance à Rio de Janeiro, et qui a ouvert en 2009 sa pousada dans le Ceara. C’est également le cas de Yannick, qui avait effectué son VIE (volontariat international en entreprise) à Vitoria, dans l’Espirito Santo, et qui est aujourd’hui expatrié à São Paulo. Pour d’autres, le Brésil est une découverte (où une de plus quand on est un “routard” de l’expatriation).

Les expatriés partagent en général un point commun, la curiosité : celle  de connaître un autre pays que le sien,  de vivre d’une façon différente par rapport à la France : “Mon mari et moi nous expatrions dans le but de pénétrer une culture” raconte Béatrice, installée à São Paulo depuis 2 ans. Il y a aussi les étudiants, de plus en plus nombreux à venir étudier au Brésil, afin d’apprendre le portugais et de connaître la 6ème puissance mondiale.

Un pays accueillant
Il n’est jamais facile d’arriver dans un pays qu’on ne connaît pas et dont on ne maîtrise pas forcément la langue. Pourtant les Français interrogés sont unanimes : les Brésiliens sont des gens sympathiques et avenants, même dans les villes tentaculaires que sont São Paulo et Rio de Janeiro. Yannick note le sourire des Paulistes, moins systématique à Paris. “Ce sont des gens qui sont faciles à aborder” précise Aurélie, femme d’expatrié. Béatrice renchérit : “Les Brésiliens sont patients, et ont envie de discuter avec vous et de vous écouter même quand vous ne parlez pas bien le portugais. Les Français sont également sensibles à l’affection réelle que portent les Brésiliens aux enfants“. Même s’il semble, comme partout, compliqué de se faire de très bons amis, la cordialité des Brésiliens reste un des atouts majeurs du Brésil.

S’expatrier pour travailler 
Le travail est souvent l’une des raisons qui explique l’expatriation des français au Brésil. Il y a les fameux expats bien sûr, envoyés par la maison mère de leur entreprise dans une unité brésilienne, mais aussi ceux sous contrat local avec une entreprise brésilienne, ou encore ceux venus tenter l’aventure comme auto-entrepreneur. Les expériences ne sont évidemment pas les mêmes. Monter son entreprise au Brésil n’est pas chose aisée, ni évidente : “Beaucoup d’auto-entrepreneurs échouent” avoue François Cessieux. Le président de l’Union des Français de l’Etranger, est familier de ces questions, lui qui est arrivé pour la première fois au Brésil en 1980 et qui a récemment créé une activité de conseils pour justement aider les entreprises souhaitant s’installer au Brésil. Il dénonce un système juridique “compliqué“. Célian confirme que pour monter sa pousada, il a fallu “beaucoup de paperasse“. L’établissement qui emploie aujourd’hui 35 employés est cependant la preuve que le succès peut encore être au rendez-vous.

L’ambiance de travail n’est pas la même au Brésil qu’en France, culture oblige. L’expérience n’en est pas moins positive pour les professionnels que nous avons rencontrés. François Cessieux nous confie qu’il aime beaucoup travailler avec les Brésiliens car ils sont “toujours positifs, efficaces et contents de progresser“. Yannick, expatrié en banque assure qu’à son niveau, ses collaborateurs brésiliens, formés dans les meilleures écoles brésiliennes, sont pragmatiques et efficaces. Mais tous sont d’accord sur un point. Pour que l’expérience professionnelle soit réussie au Brésil, il faut beaucoup (beaucoup) travailler.

Vivre au Brésil au quotidien
Le pays offre une qualité de vie appréciée avec entre autres, un climat agréable, et de nombreuses possibilités d’évasions et de voyages. São Paulo, mégalopole cosmopolite, plaît pour ses nombreux restaurants et ses animations culturelles variées.

Les Français que nous avons rencontrés se plaisent donc largement au Brésil. Ils sont toutefois conscients des réalités du pays : la vie est très chère, notamment à São Paulo, ville la plus chère des Amériques, ou encore à Rio de Janeiro où les loyers sont de plus en plus élevés.

Autre point noir, la sécurité. Le Brésil reste un pays où il y a de l’insécurité, même si le tableau est peut-être un peu noirci depuis l’Europe : “Il est tout à fait possible de se balader à pied dans certains quartiers de São Paulo” affirme Béatrice. “Il faut tout juste faire toujours un peu attention et ne pas se déplacer à pied de nuit” explique Aurélie.

Et la France dans tout ça ?
Ce n’est pas parce qu’ils ont choisi de quitter la France pour aller au Brésil qu’ils ne gardent pas un image positive de leur pays d’origine. Aurélie, qui en est à sa cinquième expatriation explique que le fait de vivre à l’étranger permet de se rendre compte des atouts indéniables de la France : un système de santé et d’éducation public et fonctionnel, de nombreuses lois sociales, etc. “C’est un paradis en terme de bon vivre” conclut François Cessieux.

Audrey BLANGUERNON  (lepetitjournal.com – Brésil) lundi 29 juillet 2013