Les Français boivent (toujours) trop

Les Français boiraient 86 litres de vin par an, contre 257 litres en 1961. Une étude déjà contestée par les spécialistes.

Selon une étude réalisée par l’association Entreprise et Prévention publiée ce matin par Le Parisien, les Français boivent moins d’alcool. Et, surtout, ils boivent «mieux». Ils boiraient 86 litres de vin par an, contre 257 litres en 1961. Il faut préciser qu’Entreprise et Prévention est constituée d’une vingtaine d’entreprises du secteur des boissons alcoolisées comme Bacardi-Martini, Kronenbourg, Heineken, Moët Hennessy, Pernod Ricard ou Cointreau. Le plus intéressant est la déclaration du patron de l’association, qui estime que «la consommation quotidienne chez les 18-35 ans est devenue marginale».

Un point que conteste vigoureusement la chercheuse Catherine Hill, épidémiologiste à l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif) etspécialiste reconnue des questions d’alcool: «Ce n’est pas vrai! Les jeunes ont juste pris l’habitude de se saouler le samedi soir, c’est en ça que leur consommation a évolué. Mais ce qui compte réellement, c’est la consommation globale, autrement dit la quantité totale d’alcool ingérée, que ce soit par semaine ou par an. En matière de santé, c’est la seule chose qui importe. Que les jeunes boivent moins souvent mais plus d’un coup et à l’arrivée plus en cumulé ne change rien. Ils boivent de toute façon trop.»

Un article publié en mai 2012 dans la Presse médicale (éditions Elsevier) signé par Catherine Hill et Agnès Laplanche faisait le point sur cette consommation. Entre 1890 et 1970, les Français consommaient 50 grammes d’alcool par jour et par personne (sachant qu’un verre contient 12 g d’alcool). En 2008, la consommation était en moyenne de 15 g par jour.

Autres données avec l’Insee: en 2011, les Français ont consommé 31 millions d’hectolitres de vin, ce qui, divisé par la population de 15 ans et plus (soit 53 millions de personnes), donne 59 litres de vin (0,59 hectolitre!) par adulte et par an. En 1961, la consommation était de 59 millions d’hectolitres de vin et la population adulte de 34 millions donc 174 litres par adulte et par an.

Par ailleurs, outre les quantités, il convient d’étudier la qualité des boissons ingurgitées. Or le degré moyen du vin a régulièrement augmenté depuis 1945. Il est ainsi passé de 10,5° en 1950 à 10,7° en 1960 et à 11,9° en 2011. Sachant que le vin représente l’essentiel de l’alcool consommé en France et que cette proportion a baissé depuis les années 1950 puisqu’elle est passée de 73% dans les années 1950-1960-1970 à 62% dans les années 1990-2000 pour atteindre 57% en 2008. Le degré moyen de la bière a augmenté de 4,6 en 1961 à 7,7 en 2010. Autrement dit, la diminution de la consommation d’alcool en France depuis les années 1950 est essentiellement due à la baisse de la consommation de vin.

Quoi qu’il en soit, «la consommation d’alcool est encore trop élevée en France. Ce n’est pas aux marchands d’alcool de s’occuper de surveiller la consommation et de parler de prévention, car il y a un conflit d’intérêt évident, estime Catherine Hill. Ce n’est pas non plus à eux de subventionner les chercheurs qui travaillent sur l’alcool et sur la santé, or c’est exactement ce qu’ils font via l’Institut de recherches sur les boissons (Ireb), qui réunit à peu près les mêmes qu’Entreprise et Prévention. C’est aux autorités de santé de le faire! Cette ingérence des marchands d’alcool dans le domaine de la santé s’observe aussi à l’OMS ; des professionnels de la santé viennent d’ailleurs de protester vigoureusement».

L’AMÉRIQUE LATINE, LA FUTURE CHINE-AFRIQUE ?

Vendredi 29 Mars 2013 à 12:00 | Lu 2838 fois I 4 commentaire(s)

 Tout juste rentré d’une longue tournée africaine, le tout juste intronisé Xi Jinping a déjà les yeux tournés vers un autre continent. Extractions pétrolières, mines de cuivre, champs de soja, l’Amérique Latine est en train de s’imposer comme le nouveau terrain de jeu favori de la Chine. 


Tout juste rentré d’une longue tournée africaine, le tout juste intronisé Xi Jinping a déjà les yeux tournés vers un autre continent.
Certes, jamais les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique n’ont atteint un tel niveau. Près de 200 milliards de dollars en 2012.


Et en Tanzanie, Xi Jinping a rassuré son monde africain en indiquant que les relations Chine-Afrique en étaient à un nouveau point de départ historique « étant donné que les deux parties partagent actuellement de plus en plus d’intérêts communs et un désir plus important de coopération ». 
Tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes chinois. Mais derrière les sourires de façade, la signature foisonnante des contrats, les relations Chine-Afrique sont plus complexes qu’il n’y paraît.
Présenté comme « gagnant-gagnant », le partenariat Chine-Afrique est loin de satisfaire tout le monde tant il est déséquilibré.
Si incontestablement, la Chine dope la croissance africaine, très récemment, une des grandes voix du monde économique continental s’est émue des déséquilibres dans les relations entre la Chine et ses partenaires africains : « Il est temps pour nous d’ôter les lunettes teintées de rose à travers lesquelles nous voyons la Chine. (…) La Chine nous prend des matières premières et nous fournit des biens manufacturés. C’était aussi l’essence du colonialisme »  a déclaré le très influent gouverneur de la banque centrale du Nigeria, Sanusi Lamido, dans une tribune publiée par le Financial Times.
Les tensions sont aussi alimentées par l’importation de main-d’oeuvre chinoise et le non respect des réglementations
Consciente que la durabilité de sa présence en Afrique ne pourra être assurée que par l’amélioration des conditions de ses implantation et contraint par son « enfermement planétaire », l’Empire du Milieu rachète des terres, investit des territoires, favorise la migration de sa population, grignote des zones frontalières. Bref, la Chine assure ses arrières.

L’AMÉRIQUE DU SUD, UN RÉSERVOIR DE MATIÈRES PREMIÈRES

Pendant un demi-siècle la République populaire de Chine n’a porté qu’un intérêt limité à l’Amérique latine, une région où les Etats-Unis exerçaient une véritable hégémonie politique et économique. Depuis une dizaine d’années, la Chine multiplie les investissements du Rio Grande à la Terre de feu et figure désormais parmi les premiers partenaires commerciaux du Brésil, de l’Argentine et du Chili. C’est que le continent sud-américain regorge de matières premières.
En 2011, la Commission économique d’Amérique latine et des Caraïbes (Cepal) des Nations unies expliquait que la Chine allait « accroître sa présence en Amérique latine au cours des prochaines années et diversifier ses investissements dans des secteurs comme les infrastructures mais sans renoncer à son appétit pour les matières premières ».
Pékin se comporte en terrain conquis : une montagne nivelée au Pérou, des champs de pétrole en développement au Venezuela, et le Cerrado, une région de savane du Brésil, transformée en champs de soja.
En début de semaine, le Guardian révélait également que l’Equateur  envisageait de mettre aux enchères plus de trois millions d’hectares de forêt amazonienne vierge à destination de sociétés chinoises spécialisées dans l’extraction pétrolière.
Un territoire peuplé de populations indigènes qui refusent l’implantation de sociétés pétrolières, craignant des conséquences dramatiques pour l’environnement et des atteintes à leur mode de vie traditionnel.
Une initiative qui  suscite beaucoup d’interrogations sur les motivations réelles de l’Equateur. Président d’Amazon Watch, une ONG de défense des droits des populations indigènes, Adam Zuckerman évoque la dépendance financière de l’Equateur vis à vis du géant chinois : « les Equatoriens sont si dépendants de la Chine pour financer leur développement qu’ils sont prêts à faire des compromis dans beaucoup de domaines tels que les réglementations sociales et environnementales ».

L’AMÉRIQUE LATINE, LA FUTURE CHINE-AFRIQUE ?

Pour l’instant la cour interaméricaine des droits de l’homme fait barrage. Le tribunal a en effet ordonné au gouvernement  « d’obtenir «le consentement libre, préalable et éclairé» des groupes autochtones avant d’autoriser des activités pétrolières sur leur territoire indigène ».
Le constat est le même qu’en Afrique, la nature asymétrique de la relation commerciale Chine-Amérique Latine commence à être remise en question. Si elle est avantageuse en termes de croissance du PIB, elle reste contestable en ce qui concerne la qualité du développement.
« Alors que l’Amérique latine s’est transformée en principal fournisseur de cuivre et d’huile de soja pour la Chine, celle-ci devenait le premier ou deuxième destinataire des exportations brésiliennes, chiliennes et péruviennes. Cette nouvelle situation reproduit, toutes proportions gardées, les réflexes, peurs – envers le « péril jaune » – et appréciations antagonistes (entre opportunités à saisir et nouveau problème à affronter) qu’a suscitée la percée de la Chine en Afrique. Relue à partir des conflits et résistances qu’elles génèrent, les rapports Chine-Amérique latine apparaissent pour ce qu’ils sont ; le miroir grossissant d’un modèle mondial, qui produit et reproduit les inégalités, les désastres écologiques, la contre-réforme agraire à travers l’expropriation des terres agricoles… et les fausses solutions » commente Frédéric Thomas, chercheur au centre d’études Tricontinental. 
Dans un cable diplomatique révélé par Wikileaks,  Neil Davila,  Coordinateur Asie de ProMexico, une institution gouvernementale chargée de renforcer la présence mexicaine dans l’économie internationale, déclarait en 2011 ne pas vouloir devenir « la future Afrique de la Chine ».

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