À un an du Mondial, le Brésil est loin d’être prêt

 

Par Rédaction Le Figaro, 12-06-2013

– Panoramic
La Coupe des Confédérations qui commence ce week-end fait office de test des infrastructures.

A Rio de Janeiro, Lamia Oualalou

Et un, et deux, et trois zéro ! Quinze ans après la défaite infligée par les Bleus en finale de la Coupe du Monde, la «Seleçao » vient de prendre sa revanche, et de redonner espoir à des millions de supporters brésiliens. A quelques jours du match d’ouverture de la Coupe des Confédérations, et à exactement un an de la Coupe du Monde qui aura lieu au Brésil, la victoire met fin à deux périodes de «jeûne», se félicite la presse : 21 ans sans battre la France, et 4 ans sans venir à bout d’un champion du monde.

Brésil

Pour le gouvernement, les bonnes nouvelles du front sportif ne suffisent pas à apaiser les angoisses : le pays sera-t-il à la hauteur du défi d’organiser une Coupe du Monde, la première depuis 1950, perdue contre l’Uruguay au cours d’une finale que les Brésiliens de tous les âges racontent encore avec un sanglot dans la voix ? L’effondrement, le 27 mai, d’une partie de la toiture du stade de Salvador de Bahia, deux mois après son inauguration, a rappelé l’ampleur des retards dans la livraison des arènes, et la précarité de certains travaux.

Parmi les cinq autres stades devant accueillir la Coupe des Confédérations, le mythique Maracana a enfin rouvert ses portes, avec des mois de retard, mais les monticules de terre, tout autour, rappellent qu’il n’est pas achevé. A Brasilia, le stade Mané Garrincha qui accueillera le match d’ouverture de la Coupe des Confédérations (Brésil-Japon, le 15 juin) vient également d’être inauguré, tout comme l’Arena Pernambuco, fraîchement construit à Recife. Seules les villes de Belo Horizonte et Fortaleza, livrées en décembre, comme prévu seront prêtes ce week-end.

La situation des six autres stades du Mondial n’est guère plus rassurante. A Sao Paulo, l’Arena Corinthians, terminée à 75% devrait être finie en décembre 2013. La réforme du Beira-Rio, à Porto Alegre, en est au même stade. A Natal, le stade Arena das Dunas est prêt aux deux tiers, assure son constructeur, alors qu’à Manaus, on n’en est qu’à la moitié des travaux (58%) pour l’Arena da Amazonia, déjà qualifié d’éléphant blanc tant son utilité au lendemain du Mondial est douteuse. Enfin dans le centre-ouest, le stade de Curitiba est achevé à 68% selon le gouvernement, qui assure que celui de Cuiaba sera prêt dès le mois d’octobre.

Maracana

Au-delà des stades, c’est la question des infrastructures, problème récurrent au Brésil, qui inquiète. Dans ce pays aux dimensions continentales, comment transporter les 500 000 étrangers et les quelques trois millions de touristes étrangers attendus pendant le Mondial ? La hausse des revenus des plus pauvres, qui a grossi la classe moyenne brésilienne de 40 millions de personnes au cours de la dernière décennie, met déjà le système de transport à rude épreuve. Les routes, en mauvais état, sont surchargées, il n’y pratiquement pas de réseau ferré destiné aux voyageurs, et les aéroports, obsolètes, sont incapables de répondre à une demande qui a augmenté de 120% depuis 2003. Le gouvernement a beau investir des sommes records, et privatiser des terminaux à la va-vite, de nombreuses villes dont Rio, ne seront pas prêtes. Même constat pour le transport urbain : le tramway de Manaus, présenté comme un des héritages de la Coupe ne sera pas opérationnel en juin prochain. Pour contourner le problème, les villes-sièges envisagent de déclarer les jours de match fériés, pour réduire les flux.

La question de la sécurité est également centrale, alors que les indices de violence dans les douze villes du Mondial sont considérés comme inquiétants. «Même si on ne peut jamais garantir une sécurité parfaite, l’histoire montre que le Brésil sait organiser de grands événements dans de bonnes conditions », assure José Mariano Beltrame, secrétaire à la sécurité de l’Etat de Rio de Janeiro, pointant l’amélioration des chiffres dans la « ville merveilleuse ».

Des prix qui s’envolent ? 
De fait, la principale inquiétude des supporters est surtout le coût de la fête. Car le pays du football, longtemps délaissé par les touristes, manque d’hôtels. Conséquence, les prix explosent. Selon l’Embratur, l’institut brésilien du tourisme, les hôtels ont augmenté de 79,1% en moyenne le prix des chambrées durant la Coupe des Confédérations. Ces dix dernières années, les additions des restaurants ont augmenté de 140%, alors que les loyers ont grimpé de 118% depuis 2008. L’inquiétude face aux nouvelles flambées que pourrait provoquer le Mondial a donné naissance à un slogan, et même une chanson : « Imagina na Copa », « Imaginez ce que ce sera avec la Coupe »…

 

Brésil éco-tourisme

Brésil éco-tourisme : les “Saveiros” ont le vent en poupe

09/06/2013 | Eric Gouguenheim ( Aujourd’hui le Brésil).
Ecrits par Jorge Amado, peints par Carybé, chantés par Dorival Caymmi, photographiés par Pierre Verger, les Saveiros, vieux gréements de Bahia, font partie intégrante de l’âme, de la culture et de l’histoire de Bahia et de la Baie de tous les Saints.
Les Saveiros, une histoire liée au transport maritime du Brésil

Bateaux de charge, ils ont participé à la construction des bâtiments coloniaux, églises, forts et autres des villes du Recôncavo, de Salvador. Importés par les colonisateurs portugais au XVIIème siècle, les Saveiros servaient au débarquement de marchandises des galions portugais jusqu’à la terre ferme. Ces derniers avaient un tirant d’eau important qui ne leur permettait pas de s’approcher des côtes. Il y eut plus de deux cents naufrages sur la seule côte de Bahia.

Les Portugais envoyèrent des maîtres charpentiers indiens, venus de Goa (colonie portugaise) qui enseignèrent les secrets centenaires de la construction marine aux esclaves venus d’Afrique. Le base est le graminho, mesure patron définissant toutes les caractéristiques de ces superbes voiliers.

Le bateau, de 10 à 15 mètres de long, est tout en bois exotiques, avec un mat/tronc d’arbre et une grand voile carrée de coton, cousue à la main et recouverte de chaux, blanche ou bleue. Chaque partie du Saveiro est constituée d’un bois différent bien spécifique. Dans le respect des traditions, ces bois doivent être coupés à une certaine lune avant d’être enterrés dans la vase pour prendre la résistance et la flexibilité voulues.

Les Saveiros transportent jusqu’à 10 tonnes de charges et leurs équipages sont formés d´un maître et de deux marins. Ces hommes simples, durs au labeur, passionnés par la mer et amoureux de leur voilier, passent plusieurs jours à bord. Ils y dorment, y cuisinent de délicieuses feijoada et autres muquecas (plats typiques, sorte de cassoulet à base de haricots noirs pour le premier, souvent ragoût de poisson pour le second) sur un petit barbecue.

Les Saveiros ont pratiquement disparu de la région de Bahia

Avec le cours de l’histoire, les Saveiros ont été remplacés par les transports modernes. En 1920, il y en avait encore mille cinq cents à Bahia. Aujourd’hui ils ne sont plus que dix huit et il ne reste que deux chantiers de Saveiro, indispensables à la survie de cette culture si riche du Brésil. L’un est situé sur l’île de Maré, l’autre à Maragogipe, village que l’on découvre en remontant le fleuve Paraguaçu.

Les trois derniers Saveiros à travailler dans la Baie apportent la céramique de Maragogipinho, les plantes médicinales et la canne à sucre du fond de la Baie à la Feira de São Joaquim, le merveilleux marché de la ville basse de Salvador. Ces vieux gréements aux noms évocateurs, Sombra da Lua (Ombre de la Lune) de Maître Jorge,E a vida (C’est la vie) de Maître Carlinho et 15 de Agosto (15 Août) de Maître Expedito, traversent la Baie par tous les temps pour ravitailler le marché. Ils connaissent chaque recoin de cette vaste Baie, de ces 56 îles, de ces trois fleuves, et partout où ils passent, les Bahianais s’émeuvent en se rappelant le bon vieux temps.

Avec “Viva Saveiro”, les chantiers ne fermeront pas

L’Association “Viva Saveiro” est née en 2008. Elle a été créée par une équipe de bénévoles, amoureux de la Baie qui a réfléchi pendant plus de dix ans aux moyens de sauver ces voiliers splendides, derniers témoins d´une si riche histoire. « Les Saveiros allaient disparaître avec les derniers chantiers et le savoir-faire de leurs maîtres, passer dans l´oubli », observe Pedro Boca, le président de l´Association.

 

3ª Regate de Saveiros Lev Smarcevski – 18 mars 2012 à Salvador de Bahia
@crédit photo Fatima Navarro

 

Un travail qui a porté ses fruits. Le Sombra da Lua a été entièrement rénové. Le 15 de Agosto, parrainé par le Yatch Club de Bahia, dresse avec fierté sa voile neuve et va être repeint. Les chantiers de Ilha de Maré et de Maragogipe ne fermeront pas… Une dizaine de régates traditionnelles, hautes en couleurs, ont lieu chaque année. On y respire un air du passé, avec l’émouvante beauté de ces grandes voiles carrées, dans une ambiance de rare fraternité.

L’Association “Viva Saveiro” a été récompensée par un prix de l’IPHAN (Institut National du Patrimoine Artistique et Historique du Brésil) de Brasília pour le meilleur projet de protection du patrimoine et les Saveiros sont entrés au Patrimoine Historique National !

Le tourisme durable autour de la mer va relancer la navigation des Saveiros

La Baie de Tous les Saints, avec ses 56 îles, est la deuxième baie au monde en superficie. Elle possède une richesse culturelle et naturelle exceptionnelle avec ses nombreux forts, couvents, églises coloniales, ses cascades, ses champs de tabacs et ses fabriques de céramiques. Tous ces trésors qui, entourant un peuple d’une grande gentillesse, représentent un potentiel touristique encore inexploité.

D’où l’idée, pour l’association, de développer un tourisme durable, lié aux Saveiros et au nautisme en général. Elle propose un programme authentique autour d’une véritable rencontre avec les hommes, comme la remontée des fleuves Paraguaçu ou Jaguaripe jusqu’à la capitale de la céramique, Maragogipínho, accompagné d’un guide culturel.

De son côté le Gouvernement de Bahia souhaite développer le tourisme nautique et reproduire l’expérience dans d’autres états. Les Saveiros ont de nouveau le vent en poupe !

Il y a quelques années une équipe de Thalassa a voyagé sur un Saveiro, accompagné par un des responsables de l’association. En 2008, ce fut le tour des skippers de laTransat Jacques Vabre à naviguer sur les formules 1 des mers de 60 pieds. Tous ont été émerveillés par le vieux gréement. Comme s’est émerveillé le capitaine du Saveiroconvié à bord d’un monstre de fibre de carbone. « Nous avons mis des années à comprendre que cette forme de voile et de coque, qui équipe aujourd´hui les monocoques du Vendée Globe, était la meilleure », s’exclamait l’un des maîtres de l’architecture navale, admirant le Saveiro dont il venait de débarquer. Entre marins de tous bords les ponts sont jetés.

ACTUELLEMENT ET JUSQU’AU 5 JUILLET 

EXPOSITION DE PHOTOS DU PHOTOGRAPHE NILTON SOUZA, à l’occasion du lancement de son dernier livre “BAIA DE TODOS-OS-SAVEIROS”
Du lundi au vendredi de 9h à 17h30 et les samedis de 10h à 15h
FEEB, Largo do Cruzeiro do São Francisco, 8 – Centro Histórico de Salvador