Brésil, le géant se rendort-il ?

Six mois après les grandes manifestations de juin 2013, que reste-t-il de la mobilisation populaire et des revendications de la rue au Brésil ?

Pas grand chose si l’on en croit ce qu’écrit l’historien Marco Antonio Villa dans une chronique au vitriol. Il est vrai qu’au premier abord, son pessimisme paraît justifié. L’espace des protestations est actuellement totalement occulté par les casseurs du « Black Bloc » dont la violence retient les gens de descendre dans la rue et qui trace une voie royale à criminalisation des manifestations. Du côté des rouages du pouvoir, « les facteurs de permanence ont été bien plus solides que les fragiles espoirs de changement. Toutes les institutions sont rentrées dans le rang, celui de la résignation et de la médiocrité. »

Et l’historien de détailler : en acceptant de remettre en question le verdict de l’affaire dite du « Mensalão », condamnant pour corruption politique plusieurs des dirigeant du PT au pouvoir, le Tribunal Suprême aurait cédé à des intérêts politiques. Les parlementaires ont fait semblant de répondre aux pressions de la rue en approuvant quelques lois moralisatrices, mais le Congrès national, qui déteste l’idée de participation populaire, les a vite enterrées, faisant ainsi savoir qu’il considérait la politique comme sa propriété privée.

« Juste pour tromper ceux qui voulaient l’être »

Les partis se sont appropriés les revendications de Juin juste pour alimenter leurs insupportables programmes télévisés de propagande obligatoire, mais ont repris leurs basses manœuvres électorales du « c’est en donnant qu’on reçoit ». Quant à la Présidente Dilma Rousseff, qui se souvient des timides propositions de réforme politique qu’elle a annoncées dans deux discours à la nation pour faire plaisir à la rue ? Personne.

« Elle a juste trompé ceux qui voulaient l’être et en 3 ans de mandat, son gouvernement n’a pas mis en place une seule réalisation d’envergure. Six mois après juin, on est toujours au même endroit. La politique continue à se comporter aussi médiocrement, l’idéologie est toujours aussi pauvre ». Nous n’avons pas encore compris, conclut Marco Antonio Villa, que la permanence de ces structures antirépublicaines bloque la croissance économique et empêche d’affronter les innombrables défis que le pays doit relever.

« Rendez-nous nos villes ! »

A contre-courant de ce regard désespéré, et avec la distance que donne une vision plus extérieure, Emmanuel Tellier, signe dans la revue française Télérama, un éditorial intitulé « Rendez-nous nos villes ».

« Quand les historiens et les sociologues se retourneront sur les mouvements d’insurrection populaires de 2013 en Turquie et au Brésil, quels traits communs leur apparaîtront ? » Le devenir de la ville, son urbanisation à marche forcée et la privatisation galopante de ses espaces publics avance Emmanuel Tellier.

Les manifestants d’Istanbul se sont révoltés contre un projet de construction d’un centre commercial en lieu et place d’un parc municipal à la place Taksim. Ceux de Rio de Janeiro et de Belo Horizonte, réclamaient des hôpitaux, des écoles et la fin de la corruption, mais au-delà des différences, « ils demandaient avant tout une ville pour tous. Une ville certes modernisée, mais demeurant accessible, une ville qui ne laisse pas sur la touche la majorité de la population au nom d’un développement clinquant et ultra capitaliste ».

Géant endormi ou vigilance citoyenne en demi-sommeil ?

Alors, le Brésil d’après juin 2013 ? Géant endormi ou géant en train de reprendre son souffle ? Sans doute les deux à la fois. Les revendications sociales n’ont pas cessé. Même si elles ne s’expriment plus de façon aussi spectaculaire qu’en juin dans la rue, les grèves et les mouvements d’humeur des différentes catégories professionnelles se succèdent. On l’a vu avec la longue grève de deux mois des professeurs de l’enseignement public à Rio de Janeiro.

Les bavures de la police ne passent plus inaperçues. A Rio de Janeiro, la disparition d’Amarildo lors d’une chasse aux trafiquants de drogue dans la favela de la Rocinha s’est soldée par l’inculpation de 15 agents des forces de l’ordre et le déplacement de 25 autres, grâce à une vigilance populaire de tous les jours. A São Paulo, après la mort d’un adolescent tué par erreur par la police, des émeutes qui ont fermé pendant plusieurs heures la route vers Belo Horizonte.

Il suffit d’une étincelle pour que les braises reprennent. Même si ces flambées de révoltes débouchent désormais sur des violences gratuites plutôt que sur des revendications élaborées. « Peut-être parce que nous n’aimons pas la politique » avance Marco Antonio Villa. « Quand on trouve cela ennuyeux, il est toujours plus facile de rencontrer un sauveur qui pense, parle décide et gouverne (mal) à notre place que de se mêler de la chose publique ».

Après 9 mois de gestation, Jean-Jacques Fontaine vient d’achever l’écriture de son dernier livre, « L’invention du Brésil », ou comment « de crises en crises, un géant s’affirme ». L’ouvrage survole les différentes facettes de la créativité de ce pays et les obstacles qu’il lui faut aujourd’hui surmonter pour tenir son rang dans le concert du monde. Après avoir contacté une dizaine d’éditeurs, à ce jour aucun n’a pris le risque de publier ! Sur son blog Vision Brésil, où il livre quelques unes des bonnes feuilles de l’ouvrage, Jean-Jacques lance une souscription pour savoir qui serait prêt à acheter ce livre, au cas où il serait imprimé. Pour répondre à son appel, vous pouvez le faire via son blog ou par l’intermédiaire du mail visionbresil@gmail.com.

Retrouvez Aujourd’hui le Brésil sur Facebook, Linkedin et Twitter.

Planos Diversificados –  Bus 2 Production oferece curso de francês em 1 ano  no Rio de Janeiro, Centro – Cinelândia, Tijuca, zona sul, RJ,  com duração de 1 ano. mensalidades a partir de R$ 249,00 por pessoa, até o final da promoção. Ideal para quem pensa estudar no exterior sem preocupação. Professores nativos.

Francês facil e rapido, é na Bus 2!

Le machisme brésilien mis à mal

11/11/2013 | Anne-Laure Pitici (Aujourd’hui le Brésil).

Le 8 Octobre 2013 aurait dû être un grand jour pour les maîtresses d’hommes mariés au Brésil. Mais il va leur falloir encore un peu de patience pour connaître le verdict final de la Haute Cour de Cassation et savoir si elles pourront désormais prétendre au versement de pensions alimentaires.

Le débat a été ouvert suite aux revendications en 2004 d’une compagne illégitime. Après 30 ans de relation avec le même homme marié et un enfant issu de cet amour, la jeune femme, alors gravement malade, avait engagé des poursuites auprès du Tribunal de Justice de Rio et réclamait une pension pour couvrir ses frais personnels ; la pension pour son enfant étant, de droit, d’ores et déjà accordée.

A l’époque, Rio s’était conformée à sa requête et avait exigé le versement par l’homme marié d’une pension à hauteur de 20% de son revenu. Cette décision avait déclenché un débat national qui aurait dû être solutionné en octobre, faisant suite à la demande en appel du défendeur.

La question phare, à laquelle toutes les instances du pays attendent une réponse, est la suivante : le droit à la pension alimentaire doit-il être accessible aux époux seuls ou également aux concubins pouvant justifier d’une relation durable et d’une dépendance financière légitimant le versement d’une aide pécuniaire ?
A cela vient s’ajouter le besoin de définir la “relation durable” qui donne selon la loi le droit à la pension alimentaire en cas de séparation.

Selon la juge Nancy Andrighi en 2007, il existe une relation durable quand les deux personnes impliquées ont la possibilité légale de se marier. Dans le cas d’un concubinage illégitime, l’accès au mariage est évidemment compromis, l’un des deux partenaires étant déjà marié. Ainsi, le juge Luís Felipe Salomão, membre de la Haute Cour de cassation, relance le débat en 2009 en affirmant que le droit à la pension alimentaire ne s’applique qu’aux époux et non aux concubins.

Après 10 ans d’attente, c’est donc le 8 Octobre dernier qu’aurait dû être étudié la légitimité du versement d’une pension alimentaire à la maîtresse régulière de Rio. La jeune femme ayant succombé à sa maladie en 2008, la justice a annoncé un délai de 20 jours pour qu’un substitut, tel que l’enfant du couple, se manifeste et poursuive le procès, pouvant alors prétendre à l’encaissement des versements effectués depuis la mort de la jeune femme.

Le jugement, aujourd’hui suspendu, pourrait être repris ce mois-ci et ferait acte de jurisprudence au Brésil.

Planos Diversificados –  Bus 2 Production oferece curso de francês em 1 ano  no Rio de Janeiro, Centro – Cinelândia, Tijuca, zona sul, RJ,  com duração de 1 ano. mensalidades a partir de R$ 189,00 por pessoa, até o final da promoção. Ideal para quem pensa estudar no exterior sem preocupação. Professores nativos.