Manifs monstres au Brésil

junho 18, 2013 em Uncategorized

Manifs monstres au Brésil contre la vie chère

 (Mis à jour: )

Manifestation à Belem le 17 juin. On a compté jusqu’à 200 000 manifestants dans l’ensemble du Brésil. (Photo Paulo Santos. Reuters)

Hausse des prix, dépenses somptuaires du Mondial 2014 : des dizaines de milliers de Brésiliens ont protesté dans la plupart des grandes villes du pays, notamment à Rio où la manifestation a dégénéré.

Par AFP

Le Brésil a été secoué lundi par les manifestations sociales les plus importantes depuis 21 ans, qui ont duré plus de sept heures dans plusieurs villes, notamment à Rio qui a connu des scènes de guérilla urbaine. Il s’agit là des plus fortes mobilisations depuis celles dirigées en 1992 contre la corruption du gouvernement de l’ex-président Fernando Collor de Mello, qui avait démissionné durant son procès politique devant le sénat.

A Rio, la manifestation, la plus importante du pays, a réuni 100 000 personnes, d’abord pacifiquement, pour protester contre l’augmentation des tarifs des transports publics ainsi que les dépenses somptuaires engagées pour préparer le Mondial 2014 de football, avant de dégénérer dans la violence à la nuit tombée. Un groupe de quelques dizaines de manifestants a pris d’assaut le parlement de l’Etat de Rio. Les policiers anti-émeutes les ont finalement dispersés dans la nuit.

Des hommes du bataillon de choc de la police militaire, arrivés sur place à bord de véhicules blindés, ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre ce groupe de manifestants et procédé à plusieurs arrestations. Ces manifestants avaient tiré des cocktails molotov et des pierres contre le bâtiment. Certains avaient même essayé de s’y introduire par des fenêtres.

Au centre de Rio, un protestataire devant une voiture en feu. (Photo Sergio Moraes. Reuters)

Auparavant, ils avaient incendié une voiture, mis le feu à des poubelles, cassé les vitrines de banques et un distributeur et pillé des commerces, pendant que d’autres manifestants leur criaient : «Voleurs ! Pas de vandalisme !».

Dans les échauffourées, 20 policiers et sept manifestants ont été blessés, dont deux par armes à feu. Mais on ignore par qui ces balles ont été tirées. Les protestataires s’étaient donné rendez-vous sur les réseaux sociaux et ont rassemblé plus de 200 000 personnes dans tout le pays. Il s’agit en majorité de jeunes «qui ont perdu confiance dans les partis politiques», selon des analystes interrogés par la chaîne de TV en continu Globo news.

A Brasilia, cinq mille manifestants ont protesté dans le quartier des ministères, symbole du pouvoir. Environ 200 d’entre eux ont réussi à grimper sur le toit du parlement où ils ont entonné l’hymne brésilien, avant d’en redescendre spontanément. «Nous sommes arrivés dans la maison du peuple. C’est le premier pas pour montrer que nous ne sommes pas morts; ils pensaient que l’on s’arrêterait pour voir le football mais le Brésil n’est pas seulement ça», a déclaré à l’AFP Bruno Pastrana, un étudiant de 24 ans, assis sur le toit du Congrès National.

Aux abords du stade de Brasilia. (Photo Reuters)

A Sao Paulo, où 65 000 manifestants ont défilé sur l’avenue Paulista, un groupe a essayé d’envahir le parlement local mais a été arrêté par les gaz lacrymogènes de la police. Des scènes similaires se sont répétées à Porto Alegre, Curitiba, Belo Horizonte notamment, en pleine Coupe des Confédérations de football, répétition générale en miniature du Mondial dans un an. «Nous ne permettrons pas que des manifestations perturbent les événements que nous nous sommes engagés à réaliser», avait averti quelques heures plus tôt le ministre des Sports, Aldo Rebelo.

«Ne venez pas à la Coupe du monde», à Sao Paulo. (Photo Nacho Doce. Reuters)

Dans une apparente volonté d’apaisement, la présidente Dilma Rousseff a rectifié le tir quelques heures plus tard, affirmant que «les manifestations pacifiques sont légitimes et propres à la démocratie. (…)C’est le propre de la jeunesse de manifester», a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Cette fronde se développe alors que le Brésil, après des années de vigoureux développement économique et social, traverse une passe délicate marquée par une croissance en berne et une poussée de l’inflation notamment sur le prix des denrées alimentaires. La popularité du gouvernement a chuté de huit points en juin, pour la première fois depuis l’élection à la présidence en 2011 de Dilma Rousseff, qui reste largement favorite pour le scrutin de fin 2014.

Le gouvernement a d’abord été pris de court par l’éclosion soudaine de ce mouvement apolitique la semaine dernière, après l’annonce de l’augmentation des tarifs des transports publics. Il semble à présent débordé par sa nouvelle dimension, en grande partie attisée par l’indignation suscitée par les violences policières de la semaine dernière.

«Viens, viens, viens dans la rue, viens !», scandaient à Rio les manifestants en milieu d’après-midi, tandis que du haut des tours de bureaux du centre-ville, des employés jetaient une pluie de morceaux de papier blanc en geste de soutien.

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