Les moustiques s’habituent vite aux répulsifs

Par figaro iconMarielle Court – le 20/02/2013

En quelques heures, les insectes se familiarisent avec l’odeur censée les repousser. Une menace potentielle pour la lutte contre la propagation de la dengue et du chikungunya dans le monde.

 

Cette découverte ne va pas faciliter le travail de ceux qui luttent contre la transmission de maladies par les moustiques. Une équipe de chercheurs anglais montre en effet dans une étude publiée en février par la revue Plos One qu’Aedes aegypti,un des moustiques très répandu, connu pour son rôle dans la transmission de maladies vectorielles, pourrait perdre, durant quelques heures au moins, sa sensibilité à l’odeur de répulsif. Tout au moins ceux contenant du DEET (N, N-diéthyl-m-toluamide). Une substance chimique découverte dans les années 1950 qui repousse les insectes (moustiques, puces, tiques, mouches piquantes des étables et aoûtats) et qui est aujourd’hui très largement utilisée.

De précédentes études ont déjà montré que certains moustiques du type Aedes aegypti ou certaines mouches du vinaigre, Drosophila melanogaster, semblent être insensibles à l’action du DEET du fait d’une évolution génétique de leur récepteur olfactif.

Il ne peut s’agir d’une évolution génétique

Mais dans cette étude, il s’agit d’un changement de leur comportement: les moustiques femelles qui sont une première fois repoussés par l’odeur du produit aspergé sur les bras d’une personne ne le sont plus trois heures plus tard alors qu’ils se retrouvent à nouveau en présence de ce même répulsif.

Pour les chercheurs, cette soudaine indifférence à l’odeur du produit pourrait être liée à une diminution de la sensibilité des récepteurs olfactifs placés sur leurs antennes. En raison de la rapidité de la transformation – quelques heures – il ne peut en tout cas s’agir d’une évolution génétique, ajoutent-ils. «Nous pensons que les moustiques s’habituent au répulsif. C’est ce qui se passe dans le cas de l’odorat humain même s’il est bien évident que le système olfactif humain est très différent de ce que l’on observe pour les moustiques», commente James Logan, qui est chercheur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine et l’un des auteurs.

«Si une exposition répétée au DEET influence négativement le comportement des moustiques, cela devrait avoir des conséquences importantes sur la façon dont il faut évaluer le répulsif et sur son usage pour conserver une protection maximale», soulignent en tout cas les auteurs de l’étude.

«On peut certes utiliser ce type de répulsifs occasionnellement mais pas tout le temps et pour lutter contre le moustique il est plus efficace de détruire autour des maisons tout ce qui favorise son implantation et sa reproduction», explique de son côté Paul Reiter, biologiste à l’Institut Pasteur.

Trouver des substituts

Des chercheurs sont d’ailleurs à pied d’œuvre pour tenter de trouver des substituts à ce type de répulsif. Il y a un peu plus d’un an, des entomologistes de l’Université de Californie à Riverside publiaient une étude dans Nature sur des mécanismes permettant de tromper le flair des moustiques. Des molécules susceptibles de perturber les organes sensoriels de l’insecte «qui présentent de grands avantages pour réduire les contacts entre moustiques et humains et peuvent conduire à une nouvelle génération de répulsifs et de leurres», expliquait Anandasankar Rayn, un des auteurs de l’étude.

L’enjeu est de taille car ce moustique est sur le banc des accusés dans la propagation de ladengue et du chikungunya dans le monde. Des maladies qui ne cessent de s’étendre en Asie et dans les pays tropicaux et qui pourraient bien s’installer dans les années qui viennent en Europe

La Dengue

Le vecteur de la dengue est un moustique de la famille des Aedes, principalement Aedes ægypti, mais aussi d’autres espèces comme Aedes albopictus. Seules les femelles des moustiques transmettent la maladie.

Elles s’infectent en piquant un homme porteur du virus qu’elles inoculent ensuite à un autre. Contrairement aux moustiques vecteurs du paludisme, les Aedes piquent le jour, volent en faisant du bruit et leur piqûre est perceptible et provoque une inflammation locale. Ils vivent aussi bien dans les zones rurales que périurbaines et urbaines et se reproduisent dans des endroits contenant de l’eau stagnante comme les vieux pneus ou les bidons abandonnés, les trous d’arbre, les citernes, les jarres en terre cuite…

La dengue sévit soit de façon endémique (toute l’année), soit par épidémies souvent explosives.

fonte: lefigaro.fr

Les promesses d’une molécule du vin rouge se confirment

Par figaro iconMartine Perez – le 21/03/2013

Le resvératrol fait l’objet de nombreuses études montrant notamment un effet anti-vieillissement au niveau cellulaire.

 

Les journalistes sont toujours heureux d’annoncer de bonnes nouvelles. Eh bien, les recherches sur le resvératrol rentrent dans cette catégorie jubilatoire. Cette substance extraite du vin rouge (présente dans la peau du raison rouge) fait l’objet de recherches intensives depuis près de quinze ans, parce qu’elle serait dotée de propriétés multiples, contre le diabète, l’obésité, la maladie d’Alzheimer… Certes, il y a eu des controverses. Il y a deux ans, des scientifiques ont contesté la réalité de ces bienfaits et en particulier les arguments donnés pour les expliquer.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Sciencela semaine dernière par David Sinclair (Harvard Medical School), qui a également lancé une firme, Sirtris, pour développer de tels produits, confirme l’effet cellulaire du resvératrol. Il montre que cette molécule agirait en activant des protéines, les sirtuines, qui seraient impliquées de façon complexe dans la stimulation énergétique des cellules. Il y a quelques années, des recherches sur la souris avaient en tout cas permis d’observer que celle recevant du resvératrol couraient deux fois plus longtemps que les autres. Des recherches françaises chez les primates ont confirmé en 2010 qu’une supplémentation par resvératrol réduisait la prise de poids pendant la période hivernale. Un essai a été lancé en 2012 aux États-Unis par l’université de Georgetown pour tester cet apparent élixir chez des patients atteints d’une forme légère à modérée de maladie d’Alzheimer.

Il est certain que le resvératrol va continuer à stimuler la curiosité des scientifiques tout en faisant rêver les adeptes du vin rouge par ses propriétés apparemment exceptionnelles, puisqu’elle est présentée comme n’étant rien de moins qu’une molécule idéale censée lutter contre les effets du vieillissement. Par ailleurs, son extraction du vin rouge offre la synthèse symbolique parfaite d’un produit qui réparerait le corps et réjouirait l’âme en même temps! En réalité, les doses de resvératrol contenues dans un verre de vin sont beaucoup trop faibles pour avoir la moindre efficacité. Si l’intérêt du resvératrol est confirmé chez l’homme, il faudrait trouver des moyens de le synthétiser facilement ou des molécules capables de mimer ses effets au niveau de la cellule.

fonte: lefigaro.fr