JMJ Rio

JMJ – Le pape accueilli à Rio entre dévotion et manifestation

 

 

 

 

François est arrivé lundi à Rio de Janeiro, à la veille de l’ouverture officielle des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Après un accueil chaleureux de la part de Dilma Rousseff et un tour en papamobile au milieu de milliers de pèlerins internationaux, sa venue a également été l’objet d’une manifestation qui s’est terminée par des heurts. Lepetitjournal.com a suivi sur place cette fin de journée très spéciale.

C’est dans une ville de Rio en ébullition qu’a débarqué le pape François lundi en fin d’après-midi. La ferveur était d’abord joyeuse et religieuse. Après avoir été accueilli à sa descente d’avion, vers 16h, par la présidente Dilma Rousseff et toutes les autorités locales et religieuses que peut compter Rio, le souverain pontife a été emmené voir ses ouailles.

Dans un centre-ville vidé de ses voitures, l’attente n’a pas été vaine pour les milliers de pèlerins brésiliens et internationaux venus se masser derrière les barrières d’un parcours menant de la cathédrale Saint-Sébastien au Théâtre municipal. Dans une ambiance mêlant chants religieux et cris suraigus, François, visiblement très heureux, a fait plusieurs tours d’honneur en papamobile.

J’étais présent à Sydney où j’avais vu Benoit XVI, mes jambes tremblent d’émotion. Quand on voit François, on pense à
nos familles et à tous ceux qui sont restés en France et que l’on représente avec fierté aujourd’hui
“, a déclaré un jeune pèlerin français, drapeau brésilien sur les épaules. Beaucoup d’émotion également pour Juliette, autre française qui était dans la foule, près du Théâtre municipal : “Cela fait plaisir, c’est très émouvant. Ce pape est très proche des gens, je suis très heureuse de l’avoir rencontrée“.

Changement de style à Largo do Machado
Ambiance toute aussi festive, mais radicalement différente du point de vue du style, à Largo do Machado, où une manifestation d’accueil aux organisateurs variés (LGBT, mouvements étudiant et d’extrême gauche) avait elle aussi été prévue pour l’arrivée du pape. Vers 18h, le cortège de plusieurs centaines de personnes s’est dirigé vers le palais Guanabara où une réception se tenait en présence de François, Dilma Rousseff et toutes les autorités locales et religieuses.

Tandis que la présidente brésilienne souhaitait, dans un discours, la bienvenue au pape, les manifestants reprenaient à l’extérieur les slogans et chants de la mobilisation sociale qui secoue le Brésil depuis plus d’un mois. “Cette manifestation est dans la continuité de celles de juin“, a confirmé Luiette, 40 ans. “Nous ne sommes pas contre les JMJ, mais contre ces millions de reais dépensés pour son organisation alors que le gouvernement nous dit qu’il n’a plus rien à consacrer à l’éducation et la santé“, a-t-elle ajouté, précisant que le mouvement entend aussi profiter de la présence de François pour dénoncer les positions de l’Eglise catholique sur des sujets de société comme l’homosexualité ou l’avortement.

Choc des cultures entre manifestants et pèlerins

Défilant sous les yeux souvent écarquillés de jeunes pèlerins, sans doute en raison de plusieurs jeunes femmes aux seins nus s’embrassant goulûment devant les caméras, le cortège est finalement arrivé une demi-heure plus tard dans la rue du palais Guanabara. Mais celui-ci était bloqué bien en amont par une barrière et une impressionnante légion de forces de l’ordre.

Quelques pèlerins chiliens venus défendre le pape avec une grande banderole sont partis bien vite, laissant les manifestants continuer à se faire entendre bruyamment et brûlant au passage un mannequin vêtu d’un t-shirt “Dégage Cabral” (Sergio Cabral, le gouverneur de l’Etat de Rio de Janeiro, ndr).

Une fin de manifestation marquée par des heurts
Au milieu de la foule, Monika, une Allemande de 40 ans, tenait bien haut une pancarte affichant des slogans sociaux. “Je travaille et paye mes impôts ici depuis trois ans et demi, je suis ici avec les Brésiliens parce que j’ai les mêmes problèmes qu’eux“, a-t-elle expliqué. “Je pense que le pape est honnête, mais j’espère qu’il nous verra et nous entendra“, a ajouté cette employée d’une entreprise de télécommunications qui rappelle avoir commencé à manifester en Allemagne dans les années 1980, contre le nucléaire.

Alors que la mobilisation s’est maintenue dans un état d’esprit pacifiste pendant près d’une heure, les choses ont commencé à dégénérer vers 19h30 après des premiers heurts entre forces de l’ordre et manifestants. Neuf personnes ont été arrêtées, un policier, un journaliste et deux manifestants ont été blessés. De son côté, le pape a pu gagner tranquillement sa résidence de Sumaré.

Corentin CHAUVEL avec Damien LARDERET (www.lepetitjournal.com – Brésil) mardi 23 juillet 2013

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JMJ Rio : Venir ici, c’est « faire quelque chose de vraiment exceptionnel »

A quelques jours du début des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Rio, des centaines de jeunes fidèles sont déjà arrivés au Brésil. Rencontre avec Cyril, 19 ans venu de Beauvais.

Les jeunes du dicocèse de Beauvais pour les JMJ Rio 2013
Les jeunes du diocèse de Beauvais sont une trentaine à avoir fait le déplacement pour participer aux JMJ de Rio – Photo JMJ Oise

A 19 ans Cyril est responsable communication pour le groupe JMJ du diocèse de Beauvais. Arrivé à São Paulo il y a quelques jours, il nous livre ses impressions.

 

  • Aujourd’hui le Brésil : Est-ce ta première participation aux JMJ ?

Cyril : J’étais déjà là à Madrid il y a 2 ans. Rio c’est ma 2ème expérience des JMJ, avec le même groupe de jeunes. A chaque fois c’est une excellente surprise !

  • ALB : Quand es-tu arrivé à São Paulo ?

Cyril : Le 10 juillet, ça fait un peu plus d’une semaine. Nous allons rester 3 semaines au Brésil. L’intérêt des JMJ est bien sûr de se rassembler autour de la foi mais aussi de découvrir la culture d’un pays différent et de rencontrer des gens. C’est d’autant plus vrai lorsque les JMJ se déroulent dans un pays lointain comme le Brésil. Pour cette raison nous sommes arrivés bien avant le début des célébrations religieuses à Rio.

ALB : Justement, quel est votre programme ici ?

Cyril : Nous voulons découvrir tous les aspects du Brésil. Nous avons visité la ville et ses différents avec les sœurs du Colégio Assunção qui nous hébergent durant notre séjour à São Paulo. Jusque-là ça a été surtout des visites culturelles.

Le 14 juillet nous avons aussi assisté à une messe dans la Cathédrale da Sé. Là nous avons rencontré des dizaines de jeunes venus par exemple du Chili et du Mexique pour participer aux JMJ.

 

Nous avons passé une journée avec les enfants de la favela de Paraisopolis. Nous avons pu y aller grâce à un prêtre qui travaille là-bas et qui nous a accueillis. C’est aussi un aspect du Brésil que nous voulions connaître. C’était une expérience très forte, la réalité dépasse ce que l’on imagine avant d’y aller. Assurément, cette expérience n’a laissé personne indifférent.

Après São Paulo nous partons pour São José dos Campos pour ce que nous appelons une « semaine missionnaire ». Là-bas nous allons vivre dans des familles et partager leur quotidien. Nous allons retrouver d’autres jeunes de plusieurs pays pour échanger avec eux, faire du sport mais surtout se préparer aux célébrations de Rio.

  • ALB : En tant que croyant, que représente pour toi cette participation aux JMJ ?

Cyril : Venir aux JMJ a un côté « booster » sur le plan spirituel. Y participer, je trouve que c’est faire quelque chose de vraiment exceptionnel. Je me souviens de Madrid en 2011, des rues très colorées et de l’ambiance joyeuse mais aussi recueillie lorsque le moment l’exigeait. Pour les JMJ tout le monde vient pour la même chose et ça se voit.

Ce déplacement est aussi une expérience personnelle incroyable. Vivre en communauté pendant 3 semaines est quelque chose d’unique. Il y a la fatigue, le décalage culturel, la barrière de la langue. Il faut apprendre à faire attention aux autres, à prendre soin de ceux qui en ont besoin. Cela nous responsabilise et nous fait tous grandir je pense.

  • ALB : Comment as-tu organisé ton départ ?

Cyril : Venir au Brésil demande toute une préparation logistique, c’est vrai. Sur le plan financier, nous avons vendu différents produits aux couleurs des JMJ à la sortie des messes. Il y avait des bougies, des sweat, des écharpes par exemple. Ces produits servent aussi à associer à l’évènement ceux qui n’ont pas la chance de partir. C’est un projet de longue haleine, notre but pendant 2 ans.

Avant de partir, nous avons eu des réunions d’information pour nous sensibiliser aux problèmes de sécurité et d’hygiène, mais aussi au choc culturel. Sur place nos hôtes se sont énormément investis. Tout a été organisé, des transports en bus au change de monnaie en passant par les différentes activités. Tout a été fait pour faciliter notre séjour ici.

Ma famille m’a aussi beaucoup soutenu. Elle m’a complétement accompagné pour préparer au mieux ce voyage.

ALB : Quelles sont tes impressions du Brésil, après un peu plus d’une semaine ici ?

Cyril : Je retiens surtout l’accueil génial qui nous a été réservé ! Le Colégio Assunção a même fait des travaux pour que l’on ne dorme pas dans des salles de classes. La barrière de la langue est parfois un obstacle pour communiquer avec les personnes que nous rencontrons mais on finit toujours par y arriver. Globalement les gens sont très patients avec nous, et très accueillants !

Quelques personnes du groupe ont eu affaire à des pickpockets. Mais à part cela nous n’avons rencontré aucun problème.

ALB : Et les prochaines JMJ, y penses-tu déjà ?

Cyril : J’y participerai avec grand plaisir ! On ne sait pas encore où elles vont avoir lieu. La logique veut qu’elles se déroulent une fois sur deux en Europe. Une rumeur circule avec le nom de la Pologne. Nous serons fixés le 28 juillet à Rio avec la dernière phrase du pape : « Je vous attends à… »


A voir aussi : 

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les derniers gladiateurs

À Florence avec les derniers gladiateurs

Par Cyril Hofstein – Publié 

Depuis le Moyen Age, quatre quartiers de la ville s’affrontent sans merci pour l’honneur de remporter le tournoi de Calcio Storico Fiorentino, un sport d’une violence inouïe, pratiqué par des hommes ­entraînés à se battre jusqu’au bout d’eux-mêmes.

Les mâchoires serrées, le regard dur, Alessio avance lentement dans les rues bondées de Florence en compagnie des autres joueurs des Azzurri di Santa Croce, qui doivent affronter aujourd’hui l’équipe adverse des Bianchi di Santo Spirito. Au milieu de la foule, dans la chaleur lourde, la tension est extrême. Cette fois, ils doivent gagner. A n’importe quel prix. Pendant des années, les Azzurri ont dominé le championnat de Calcio Storico Fiorentino, mélange brutal de football, de rugby et de lutte codifié au Moyen Age, qui oppose au mois de juin les quatre quartiers historiques de Florence (Santo Spirito, Santa Croce, Santa Maria Novella, et San Giovanni) sur la plus belle place de la ville, la piazza Santa Croce. Mais l’année dernière, dans la finale du Torneo dei Quattro Quartieri, les Bianchi ont été les plus forts et il s’agit de laver l’insulte. C’est une question d’honneur. Partout, le long du parcours, les spectateurs qui les suivent depuis la piazza Santa Maria Novella agitent des drapeaux sous les yeux hallucinés des touristes. Tour à tour, des filles embrassent leurs pères et des mères sermonnent leurs fils, qui s’en vont combattre comme autrefois les soldats des armées des Médicis.

Du regard on s’encourage. Puis des cris partent de droite et de gauche: «Forza Azzurri! » Des applaudissements claquent. Des poings se ferment. Les joueurs se tiennent par les épaules et bandent leurs muscles en scandant le nom de leur équipe. Alessio, lui, a un goût amer dans la bouche. Comme pour le match de la demi-finale qui a vu la victoire des siens contre les Verdi di San Giovanni, la semaine dernière, il ne pourra pas jouer. Gravement blessé à l’épaule pendant l’entraînement, il restera sur le banc de touche. Un crève-cœur. Dans sa tête défilent les longues heures de boxe dans la salle du quartier de Novoli, dans la banlieue de Florence où habitent la plupart des Azzurri… L’espoir d’aller défier l’ennemi dans le sable de l’arène… Tout ça pour rien. Sur les côtés, les forces de l’ordre sont maintenant presque plus nombreuses que les spectateurs. Des barrières apparaissent. Plus on approche de la piazza Santa Croce et du terrain, plus les risques de débordements sont possibles. Les deux équipes arrivent par des chemins opposés mais la rivalité entre les quartiers est profonde et ancienne. «Quand on choisit de défendre une couleur, c’est pour la vie, explique Alberto Tirelli, le président des Azzurri. Faire partie d’une équipe est un engagement profond qui dépasse l’enjeu même des matchs. C’est plonger dans les tripes de la culture florentine.» Ici, les supporters ont leur couleur dans la peau. Au sens propre comme au figuré. Au milieu des fleurs de lys, l’emblème de la ville, tatouées sur le corps de nombreux tifosi, des motifs inspirés par les luttes historiques entre Guelfes et Gibelins côtoient des tatouages tribaux et des déclarations d’amour ou de rage. Le temps du tournoi, le peuple de Florence règne sur la ville. Les règles du Calcio Storico sont simples: pendant cinquante minutes, deux équipes de 27 joueurs s’affrontent sur un terrain rectangulaire sablonneux, en tentant d’envoyer le ballon dans les filets adverses. Si un joueur est blessé ou exclu, il ne peut pas être remplacé. Peu importe comment la balle atterrit dans les cages, puisque tous les coups, ou presque, sont permis. Seuls sont interdits les combats à deux contre un, les attaques par-derrière et les coups portés à un adversaire déjà à terre. L’équipe de 27 joueurs est traditionnellement composée de 2 à 4 gardiens de but, de 3 défenseurs, de 5 milieux de terrain et de 15 attaquants qui, ensemble, constituent la même ligne de bataille qu’un régiment d’infanterie de la Renaissance.

Les joueurs de l'équipe des Azzuri de Santa Croce entrent sur le plus célèbre terrain de Calcio Storico, la piazza Santa Croce.

En rang devant la tribune officielle, tous les participants qu'ils soient joueurs, nobles, chevaliers, halebardiers... s'inclinent en l'honneur de Florence.

Avant le coup d'envoi, la détermination et l'envie de vaincre se lit sur tous les visages.

Codifiées depuis 1580 les règles du Calcio sont loin d'être improvisées et l'arbitrage très strict.

Deux équipes de 27 joueurs s'affrontent pour tenter de mettre le ballon rond dans les filets adverses.

Dans quelques instants,  la partie va commencer.  A l'entrée du terrain, les joueurs de l'équipe des Azzurri de Santa Croce font le signe de croix.  La pression est maximale et la concentration totale. Dans leurs yeux brille déjà l'envie de vaincre.

En sang, le corps couvert de sable, il faut à tout prix protéger le porteur du ballon

Mélange de rugby, de football et de lutte, les 27 joueurs de chaque équipe s'affrontent durant 50 minutes d'un combat acharné.

Presque tous les coups sont permis. Seuls sont interdits les deux contre un, les attaques par derrière et les coups portés à un adversaire déjà à terre.

Les défenses passées, les joueurs profitent de la moindre ouverture pour tenter de marquer un but.

Si un joueur est blessé ou exclu il ne peut être remplacé.

Les corps sont tuméfiés, les joueurs épuisés mais la volonté de faire gagner son quartier est plus forte que la douleur.

Chaque joueur a un rôle bien défini, datori indietro (gardiens de but), datori innanzi (défenseurs), sconciatori (milieux de terrain), innanzi ou corridori (attaquants).

Qu'importe la douleur et le sang qui coule, le plaisir de la victoire l'emporte sur tout.

Vainqueurs 2 - 0 surles Bianchi di Santo Spirito, l'ennemi hériditaire, les Azzurri Di Santa Croce laissent éclater leur joie au milieu de leur supporters.

Au centre du terrain se trouvent le capitaine et l’alfiere, qui lève son drapeau après chaque but. Le match est surveillé par un arbitre, plusieurs arbitres de touche et un giudice commissario en dehors du terrain. En cas de force majeure ou de tricherie avérée, le maestro di campo, qui surveille le bon déroulement du jeu, est la seule autorité suprême. A chaque but, les équipes changent de côté. Le vainqueur est celui qui en aura marqué le plus. L’enjeu, en plus de l’honneur d’avoir fait triompher sa couleur, est un veau blanc et un drapeau, le palio, aux couleurs des deux équipes qui se sont affrontées. Descendant direct de l’harpastum, le jeu codifié et très violent des légionnaires romains, qui le propagèrent dans tout l’Empire, le Calcio Fiorentino devient populaire au début du Moyen Age, surtout pendant le carnaval. A cette époque, la jeunesse florentine s’y adonne en plus du métier des armes. Mais les parties tournent souvent au pugilat général. Le match du 17 février 1530, pendant le siège de la ville, est resté dans les annales. Après le pillage de Rome par les armées impériales en 1527, pendant les guerres d’Italie, les Florentins chassent les Médicis et proclament la république. Ulcéré, le pape Clément VII demande alors l’appui de l’empereur Charles Quint, dont les troupes assiègent la ville pendant l’été 1529. Malgré le manque de nourriture, les Florentins veulent tout de même fêter le carnaval et décident de défier l’ennemi en organisant un match sur la piazza Santa Croce, sous les yeux écarquillés des impériaux campés sur les collines aux alentours. L’Histoire a oublié la couleur des gagnants, mais cette partie est toujours dans les mémoires.

Pendant tout le XVIe siècle, le jeu attire des foules immenses. En 1580, le mécène Giovanni Bardi rédige un règlement en 33 chapitres plus formels, propices à maintenir l’ordre public. S’y illustrent notamment Pierre II de Médicis, fils cadet de Laurent, Henri, prince de Condé, Jules de Médicis, futur pape Clément VII, ou Alexandre Ottaviano de Médicis, plus connu sous le nom de pape Léon XI… Mais, peu à peu, le Calcio Fiorentino tombe en désuétude et le dernier match connu se joue en janvier 1739 sur la piazza Santa Croce. Il faut attendre la fin du XIXe, le début du XXe siècle et surtout les années 30 pour assister à sa renaissance.

Devenu Calcio Storico Fiorentino et disputé en costume médiéval, il ne cesse depuis de gagner en popularité. Au point d’attirer, comme aujourd’hui, plus de 10 000 spectateurs pour la finale.

Il est maintenant 18 heures. Alessio et le reste de l’équipe se préparent à entrer sur le terrain. De part et d’autre de la piazza Santa Croce, les partisans des Azzurri et des Bianchi se défient. Puis le silence se fait. Au son des cuivres, tambours et fifres, défilent, comme au XVIe siècle, les musiciens, les piquiers, les arquebusiers, les hallebardiers, les artilleurs, les officiers et les différents porte-drapeaux des corps historiques et corporations de la ville en livrées colorées. Puis viennent les Bandierai degli Uffizi, héritiers des officiers chargés de transmettre les ordres de bataille, et qui font tournoyer leurs bannières dans le ciel. Le spectacle est splendide. Tous présentent les armes et saluent, tandis que les deux équipes entrent et font à leur tour la révérence. Torse nu, vêtus du pantalon bouffant des lansquenets, ils ont l’air absent. Concentrés, les calcienti sont déjà dans le combat. Dos à la tribune officielle, le capitaine de la garde passe ses hommes en revue. Puis il lance par deux fois le cri «Viva Fiorenza!» L’arène appartient désormais aux deux équipes. Le public peut enfin se déchaîner. Les services de secours en jaune fluo sont sur les dents. Roberto Antignano, le kiné des Azzurri, se prépare. Tous savent que ce qui va se jouer maintenant n’est pas un match comme les autres et qu’il y aura de nombreux blessés. Entre Azzurri et Bianchi, la guerre est ouverte. Pendant de longues minutes, les capitaines et les arbitres parlementent et se promettent de respecter les règles. Les tifosi s’impatientent. Un groupe de carabiniers évacue manu militari deux agités. Puis le pallaio, le porteur des ballons, lance la balle. La partie commence. Les deux lignes d’attaquants s’affrontent déjà. Les coups pleuvent. En sang, un joueur couvert de sable s’effondre. Malgré l’arrivée des secours, la bataille continue et un secouriste évite de justesse un coup de poing. Derrière la barrière, Alessio est au supplice. Pour lui, le temps passe avec une terrible lenteur. De son bras valide, il porte des coups dans les airs. A sa façon, il vit le match. Piombino, l’un des meilleurs marqueurs des Azzurri, vient de franchir la ligne de défense adverse. Rien ne peut arrêter sa course, et les Bianchi encaissent leur premier but. Ils n’en marqueront aucun et prendront deux pénalités. La partie est jouée. Malgré l’épuisement et la chaleur, les combats s’enchaînent sans aucun répit. La confusion est totale. Puis l’arbitre siffle la fin. Les Azzurri ont gagné 2 à O. Alessio est en larmes. L’honneur est retrouvé.

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